Le lopage

 

Cees van der Pluijm dans le Gay Krant („ Le Journal Gay“) de novembre 2012

Dans quelle mesure un livre peut-il être inquiétant? Un texte littéraire qui atteint certaines marges, les dépasse parfois, qui rend réaliste l’impensable peut –il encore inquiéter ? L’écrivain Jens van Nimwegen y parvient.

Van Nimwegen est un scientifique néerlandais d’origine allemande qui vit et travaille à Nimègue et Berlin. Il écrit des livres portant des titres comme « Selbstverschweinung »  ( « Autoformatage »), « Ratte, Rotz et Radu », ( « L’rat, Rotz et Radu »), « Phallc und das Ferkel » (« Phallc et la lopette »). Aux Editions Männerschwarm de Hambourg vient de paraître récemment son premier ouvrage : « die Abrichtung » (en français Le lopage ).

Puisant dans ses propres expériences l’auteur décrit comment un jeune homme beau et ayant l’âge d’un étudiant s’offre à lui. Ces exigences sont profondes : être lopé physiquement et mentalement. Don total au maître, suppression de sa propre identité et de ses propres exigences, se libérer des conventions, du « bourgeois » et des bonnes manières constituent le but ultime de ce « lopage ».

Nous suivons le jeune homme enfermé dans une cave, nous le voyons perdre toute obligation d’être vêtu, d’avoir honte et de prendre toute initiative personnelle. Le narrateur à la première personne parle de façon suivie de la lope (en allemand du « cochon » note du traducteur) et le jeune homme vit comme un « cochon », enchainé au mur, mangeant dans une gamelle sa pâté mélangée au sperme de son maître.

Nous le voyons aussi envoyé en ville portant des vêtements courts destinés à l’humilier ou à Berlin où il passe quelques semaines avec son master, vivant la nuit nu dans un parc, tel un animal dépendant de ce que son master lui apporte et exige de lui.

L’inquiétant dans ce livre n’est pas que cela soit un roman SM porno courant, mais de la prose que l’on se doit de prendre au sérieux parce que l’auteur arrive à rendre crédible ce que vous et moi auriez du mal à prendre pour une réalité acceptable. Le lecteur fait ainsi à distance, les mêmes expériences que la lope: le renversement des valeurs devient une réalité. Aussi bien la lope que le lecteur sortent comme régénérés de cette narration: c’est fièrement que la lope cesse le combat: elle est devenue une lope libre et peut affronter le monde avec une assurance plus grande que jamais. Plus personne ne peut lui faire quoi que ce soit. Elle a atteint le terme de sa voie, elle est devenue un homme libre, adulte, intrépide, ayant retrouvé fierté et amour propre.

Par ses divers personnages et  situations, que le lecteur reconnaitra aisément, par son  réalisme psychologique et son    ton  qui  laisse apparaitre tout comme allant de soi,  cet ouvrage se classe  dans la littérature  SM inquiétante et à prendre au sérieux.

Van Nimwegen, von Nimwegen, “De Nimègue” en français est un pseudonyme. Le professeur d‘université respecté et l’écrivain qui repousse les limites ne peuvent être considérés comme une seule et même personne publique, un paradoxe lamentable. Les quatre romans sont écrits en allemand. On attend la traduction néerlandaise.